À travers le Sahara, enchaînés
Les Gnawa font remonter leurs racines aux peuples subsahariens — Bambara, Haoussa, Peuls, Songhaï et d'autres — amenés vers le nord au Maroc au fil de siècles de traite transsaharienne, beaucoup par les grandes routes du désert vers les sultans saadiens et alaouites. Déracinés d'une douzaine de terres et de langues, ils ont forgé de leur souffrance une identité nouvelle et unique, liée non par le sang mais par une musique partagée, une foi partagée et une nuit partagée. Le mot même de qraqeb, les castagnettes de fer, rappellerait les fers qu'ils portaient jadis.
La lila — une nuit qui guérit
Au cœur de la vie gnawa se trouve la lila ou derdeba : une cérémonie nocturne de guérison. Menée par un maâlem au guembri et portée par les qraqeb et le chœur, la musique parcourt une séquence fixe de couleurs — chacune convoquant une famille de mluk, les esprits — tandis que brûle l'encens et que l'arifa guide ceux qui sombrent dans la transe. Danser la jadba, c'est laisser l'esprit chevaucher le corps jusqu'à ce que l'affliction en soit dansée au-dehors. C'est à la fois une dévotion d'inspiration soufie envers les saints et un rite de possession africain bien plus ancien, fondus en quelque chose de pleinement marocain.
De la confrérie à la scène mondiale
À la fin du XXe siècle, la musique gnawa a débordé de la lila sur les scènes du monde — attirant au Maroc des musiciens de jazz, de rock et d'Occident, et donnant naissance en 1998 au Festival Gnaoua et Musiques du Monde d'Essaouira, aujourd'hui l'un des plus grands d'Afrique. En 2019, l'UNESCO a inscrit les Gnawa sur sa liste du patrimoine culturel immatériel. Les maâlems mènent un équilibre délicat : partager la musique avec le monde tout en gardant la nuit sacrée à sa source — et transmettre le guembri, corde après corde, à une nouvelle génération.
What is kept alive
A long thread
Hear it for yourself
Threads across the graph
Tuareg
Voisins sahariens dont la musique et la poésie, comme le chant gnawa, traversent le désert qui a façonné les deux peuples.
San
Un autre peuple africain dont la guérison passe par une danse nocturne qui porte le danseur dans la transe.
Maasai
Pasteurs d'Afrique de l'Est dont le chant et la danse rythmée, comme la lila, unissent une communauté dans une voix et un mouvement partagés.
Questions fréquentes
Qui sont les Gnawa ?
Les Gnawa sont un peuple marocain et une confrérie spirituelle descendant d'Africains subsahariens — Bambara, Haoussa, Peuls et autres — amenés au nord à travers le Sahara au cours de siècles de traite. De cette histoire, ils ont bâti une identité partagée centrée sur la musique de guérison, l'islam d'inspiration soufie et la cérémonie nocturne de la lila. Leur tradition se trouve aujourd'hui dans tout le Maroc et, sous des formes apparentées, en Algérie et en Tunisie.
Qu'est-ce qu'une lila gnawa ?
La lila (ou derdeba) est une cérémonie nocturne de guérison menée par un maâlem maître-musicien. Portée par le luth-basse à trois cordes guembri, les castagnettes de fer qraqeb et le chœur, et guidée par l'encens et une arifa, elle parcourt une séquence fixe de couleurs — chacune convoquant une famille d'esprits, les mluk — jusqu'à ce que ceux qui sombrent dans la transe dansent leur affliction jusqu'à la délivrance. Elle est à la fois dévotion, médecine et mémoire.
De quels instruments jouent les Gnawa ?
L'instrument principal est le guembri (aussi appelé sintir ou hajhouj), un luth-basse à trois cordes, aux cordes de boyau tendues sur une caisse en peau de chameau, joué par le maâlem. Le rythme incessant vient des qraqeb — de lourdes castagnettes de fer, deux tenues dans chaque main — auxquels s'ajoutent tambours et chœur en appel et réponse. Les Gnawa disent que le cliquetis de fer des qraqeb rappelle les chaînes que portaient jadis leurs ancêtres.
Où vivent les Gnawa, et la tradition est-elle toujours vivante ?
Les communautés et confréries gnawa se trouvent dans tout le Maroc, surtout à Essaouira et à Marrakech, avec des traditions apparentées en Algérie et en Tunisie. La tradition est bel et bien vivante : elle a été inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO en 2019, et le Festival Gnaoua et Musiques du Monde d'Essaouira, tenu depuis 1998, attire chaque année d'immenses publics internationaux.
Comment puis-je aider à préserver le patrimoine gnawa ?
Soutenez directement les maâlems et les confréries — assistez à leurs cérémonies et festivals selon leurs conditions, achetez leurs enregistrements, et respectez le fait que le cœur sacré de la lila n'est ni à vendre ni à donner en spectacle. Sur FirstCiv, les enregistrements ne sont partagés qu'avec le consentement des maâlems et émis sous forme de Tablettes du Patrimoine qui conservent la propriété et les redevances à la confrérie d'origine, afin que la valeur de la musique revienne à ceux qui la maintiennent en vie.
Every recording here is held with community consent. The Gnawa are named as origin and primary beneficiary; royalties flow to the community fund. Photographs: Wikimedia Commons (public domain / CC BY / CC BY-SA).









